lundi 15 octobre 2012

Nager sans se mouiller, de Carlos Salem


Très sympa ce « Nager sans se mouiller » de Carlos Salem. Deuxième roman de cet écrivain né à Buenos Aires qui vit depuis vingt ans à Madrid, on y découvre une écriture légère mais affirmée, faisant alterner habilement loufoquerie et moments plus introspectifs. Le héros est un tueur à gages obligé d’infiltrer bien contre son gré un camping naturiste pour sa dernière mission. C’est donc dans son plus simple appareil que notre homme va croiser espions et contre-espions, un flic hargneux et une jolie blonde très décomplexée, ou encore sa propre ex-femme qui ne sait rien de sa double vie et qui a eu la bonne idée de venir camper dans le coin avec son nouvel amant. Voilà pour le côté farfelu. Au-delà de ça, il y a  les pensées de l’homme sur sa vie et sa relation avec sa famille : des petites réflexions toujours bien senties qui ne ralentissent en rien une intrigue menée tambour battant. Bref, un polar original et rafraîchissant.   

Nager sans se mouiller (Matar y guardar la ropa), de Carlos Salem, Ed. Actes Sud (et en poche aux Ed. Babel), traduit de l’espagnol par Danielle Schramm, 295 pages   

Atomka, de Franck Thilliez

Franck Thilliez maintient son rythme tendu de parution avec un huitième roman, la suite des aventures de Franck Sharko et Lucie Hennebelle, dans la droite ligne de « Syndrome E » et « Gataca ». Sans doute est-ce pour cela d’ailleurs que je n’ai pas vraiment accroché (en y réfléchissant je me rends d’ailleurs compte que les seuls romans de Thilliez que j’ai aimés sont ceux où ces héros récurrents n’apparaissent pas). Cette fois, il est question de Tchernobyl (comme dans le livre de Choplin dont j’ai parlé récemment, mais alors sous une approche, faut-il le préciser, totalement différente), d’obscures expériences scientifiques… Comme dans « Syndrome E » on voyage beaucoup, entre la France, le Mexique, l’Ukraine, on élabore de grandes théorie sur le mal, la vie, la mort… Thilliez fait dans le grand spectacle sur 600 pages et au final… ne m’impressionne pas. J’attendrai donc son prochain roman, en espérant que ce soit un petit diamant, aussi affûté que l’était « Vertiges ».    

Atomka, de Franck Thilliez, Ed. Fleuve Noir, 600 pages

Harcelée, de Jason Starr


Je continue à avancer dans les romans de Jason Starr. Voici donc son huitième roman, paru en 2007 aux USA, « Harcelée ». Katie est une jeune femme qui a quitté son Massachusetts natal pour tenter l’aventure new-yorkaise. Sauf que tout ne se passe pas comme dans ses rêves. Boulot difficile, solitude, relations amoureuses flottantes… Et puis un jour, tout change. En tombant par hasard sur Peter, une vieille connaissance du Massachusetts, Katie va entrevoir la vie qu’elle a toujours espérée, oubliant sans doute que les contes de fée, ça n’existe pas dans la réalité.  Même s’il se lit sans déplaisir, j’ai été un peu moins emballé qu’à l’habitude par ce roman de Jason Starr. L’écriture est toujours aussi efficace et toute la première moitié est vraiment très bien (en particulier la description de la relation entre Katie et Andy, son premier petit ami totalement immature). Mais sans doute l’intrigue aurait-elle méritée d’être plus resserrée car mon intérêt s’est un peu relâché dans la seconde moitié plus convenue qui se focalise plus sur Peter, le prince charmant qui se trouve être un psychopathe de première. Je suis difficile parce que j’aime beaucoup cet écrivain, mais dans le genre du thriller, ce roman se situe tout de même en haut du panier (bien meilleur par exemple que « Faux Coupable » de John Katzenbach sur une intrigue similaire). 

Harcelée, de Jason Starr, Ed. du Rocher (et en poche aux Ed. Rivages/Noir), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie Ollivier-Caudray, 375 pages

mardi 28 août 2012

Avant la chute, de Fabrice Humbert


Avant la chute, c’est trois histoires. Séparées au départ mais dont on attend évidemment qu’elles se rejoignent vers la fin. Reste à découvrir de quelle manière même si finalement le récit garde toute sa force au delà de ce petit suspense. Il y a Naadir, jeune lycéen brillant d’une banlieue française. Il y a Sonia et Norma, deux jeunes colombiennes qui cherchent à atteindre la frontière des Etats-Unis. Enfin, il y a le sénateur mexicain Urribal, riche homme politique qui sent son influence vaciller dans le jeu dangereux qu’il mène avec les cartels des narco-trafiquants. Très documenté, très prenant aussi, le récit parvient à nous dresser une vision globale des enjeux de notre époque à travers trois destins singuliers. Cela sans doute grâce à l’écriture sobre mais pleine de tension que déploie Fabrice Humbert. L’auteur nous emporte en un seul souffle. Dès les premières lignes, l’engrenage se met en marche et nous entraîne sans répit vers la fin, la chute du titre, qui nous laisse contempler avec amertume un certain gâchis de l’humanité.              

Avant la chute, de Fabrice Humbert, Ed. Le Passage, 276 pages

La Nuit tombée, d'Antoine Choplin


Un homme à bord d’une moto équipée d’une remorque trace la route à travers l’Ukraine. Sa destination : Pripiat, ville fantôme, interdite depuis la catastrophe de Tchernobyl. Il s’y rend pour revoir l’appartement qu’il a été contraint d’abandonner et y récupérer une porte, celle que sa petite fille décédée avait décorée de ses dessins. C’est un roman bref, qui ne cherche jamais le spectaculaire, mais qui sonne très juste. Si Antoine Choplin ne décrit pas en détail la zone interdite, il sait nous la faire ressentir. Notamment lorsqu’il fait parler des survivants. Eux qui n’ont jamais voulu quitter la région parce qu’ici ça reste leur terre et que quitte à mourir, autant le faire chez soi.

La Nuit tombée, d'Antoine Choplin, Ed. La Fosse aux ours, 121 pages

lundi 13 août 2012

Les Apparences, de Gillian Flynn


Après « Sur ma peau » et « Les Lieux sombres », l’Américaine Gillian Flynn remet le couvert avec un thriller très efficace. Le récit fonctionne en voix alternées. D’un côté Nick, l’époux modèle qui apparaît de plus en plus ambigu au fil du récit. De l’autre Amy, sa femme, que l’on apprend à connaître à travers son journal intime, le roman débutant sur la disparition de la jeune femme. Enlèvement, fugue, meurtre ? L’enquête qui va suivre reprend impeccablement la mécanique du thriller avec ce qu’il faut de rebondissements et de suspense. Mais ce qui permet aux « Apparences » de se distinguer du reste de la production, c’est avant tout la façon qu’a Gillian Flynn de joyeusement égratigner les faux semblants du mariage. On s'amuse réellement à voir jusqu'où l'auteur peut pousser la perversité de certains de ses personnages. D’autant qu’elle assumera son jeu jusqu'à la fin, à travers un dénouement merveilleusement cynique.

Dans le même genre :
Plutôt qu’à un livre, le roman ma fait penser à certains films à la mode dans les années 80-90 comme « Liaison Fatale » ou « JF partagerait appartement ».

Les Apparences, de Gillian Flynn (Gone girl, 2012), Ed. Sonatine, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié, 400 pages

Vladimir Ilitch contre les uniformes, de Rolo Diez


Ce livre de l’Argentin Rolo Diez me pose problème. Si je n’ai pas envie d’en dire du mal, je n’en ai pour autant pas réellement apprécié la lecture. Il y a des passages formidables, des formules brillantes. Mais je n’ai tout simplement pas saisi l’histoire. La faute sans doute à un récit éclaté qui m’a égaré. Peut-être aurais-je dû reposer le livre, repousser ma lecture à un jour plus propice. Je ne l’ai pas fait, j’ai continué jusqu’au bout et au moment d’écrire ces lignes je me trouve dans l’incapacité de résumer l’intrigue. Restent quelques impressions : la peur et la délation sous la dictature, les actes de rébellion du jeune Vladimir comme autant de bouffées d’air frais, une colère face à la corruption et l’impunité des puissants. Le roman dégage indéniablement une ambiance singulière mais cela ne suffit malheureusement pas à en faire un bon livre.      

Dans le même genre :
A quatre mains, de Paco Ignacio Taibo II

Vladimir Ilitch contre les uniformes, de Rolo Diez (Vladimir Ilitch contra los uniformados, 1989), Ed. Gallimard, traduit de l'espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco, 336 pages